Une proposition du Partenariat international pour des microbicides, de la Campagne mondiale pour les microbicides et de l’Alliance for Microbicide Development
Les taux de VIH ont augmenté considérablement parmi les femmes, ces dernières années. Sur le plan biologique, les femmes sont deux fois plus vulnérables au VIH que les hommes. Cette vulnérabilité est exacerbée par les inégalités sociales et la pauvreté répandues, qui rendent difficile aux femmes de plusieurs pays en développement d’insister sur l’usage du condom, sur l’abstinence ou sur la fidélité, devant des partenaires plus âgés ou plus puissants qu’elles. De fait, certaines femmes qui contractent le VIH n’ont qu’un seul partenaire sexuel : leur époux. Pour les femmes de plusieurs régions du monde, la pauvreté et le jeune âge sont les plus importants facteurs de risque pour l’infection à VIH. En Afrique subsaharienne, les trois quarts des jeunes séropositifs au VIH sont des filles. Dans six pays de l’Afrique, les femmes et les filles de 15 à 24 ans sont 2,5 fois plus susceptibles de contracter le VIH que les garçons du même âge.
Le Sommet du G8 sait attirer l’attention des dirigeants mondiaux sur l’épidémie du VIH/sida. L’an dernier, à Sea Island (Georgie, États-Unis), les dirigeants du G8 ont recommandé que l’on appuie la Global HIV Vaccine Enterprise; les années précédentes, ils ont appuyé le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme et d’autres efforts de donateurs pour élargir l’accès aux médicaments et aux traitements. En 2000, le G8 s’est engagé à réduire de 25% le nombre de cas de VIH chez les jeunes, d’ici 2010. Cette année, dans la lignée de ses bonnes actions pour prévenir le VIH, le G8 devrait élargir son point de mire afin de rehausser considérablement l’investissement dans la recherche et le développement de microbicides.
Les motifs qui justifient cet investissement sont solides. À titre d’outils contrôlés par la femme, pour la prévention du VIH, les microbicides pourraient être un important élément d’une réponse complète à l’épidémie du VIH/sida, avec d’autres mesures préventives comme les condoms, les éventuels vaccins et les soins et traitements pour les personnes qui vivent avec le VIH/sida.
Un microbicide est un produit (comme une gelée ou une crème) qui pourrait être appliqué en topique dans le vagin, avant une pénétration sexuelle, afin de réduire le risque de transmission du VIH. Divers mécanismes sont à l’étude, notamment un anneau vaginal qui libérerait graduellement l’agent microbicide. Un microbicide efficace pourrait tuer ou immobiliser le VIH; former une barrière entre le virus et le tissu interne du vagin; renforcer les défenses naturelles du vagin contre le VIH; ou empêcher le virus de se répliquer dans les cellules où il pénètre.
Puisque le Sommet de cette année sera consacré à l’Afrique, il serait particulièrement approprié pour le G8 de reconnaître les microbicides en tant qu’option préventive la plus prometteuse pour protéger les femmes africaines contre le VIH. L’an dernier, en réponse à la féminisation de l’épidémie, l’ONUSIDA a créé la Coalition mondiale sur les femmes et le sida. Cette année, à Gleneagles, les dirigeants du G8 auront l’occasion de voir à l’adoption de mesures concrètes de politiques pour accélérer le développement de microbicides pour les femmes des pays en développement et industrialisés.
Les efforts de recherche et de développement de microbicides souffrent d’un sérieux manque de financement. Par exemple, en 2004, seulement 140 millions $US ont été investis dans la recherche, le développement et le plaidoyer pour des microbicides, en dépit de progrès scientifiques rapides dans le domaine. Une somme additionnelle de 100 millions $US par année est requise pour accélérer significativement la recherche et le développement de microbicides.
Cinq microbicides sont arrivés à l’étape des essais d’efficacité à grande échelle; de plus, des candidats de deuxième génération, basés sur les plus récents antirétroviraux, sont maintenant soumis à des essais d’innocuité (ou le seront plus tard cette année). En supposant qu’un microbicide sera disponible en 2010, il faudra entre 0,7 et 1,4 milliard $US par année, en moyenne, pour assurer sa promotion et sa distribution à grande échelle.
Bien qu’un éventuel vaccin anti-VIH à grande efficacité ait le potentiel d’endiguer l’épidémie mondiale du VIH/sida, on ne sait pas encore combien de temps nous sépare de la découverte d’un tel vaccin – ce qui fait des microbicides un outil vital pour protéger une génération entière de femmes et un complément essentiel à d’éventuels vaccins anti-VIH, aux traitements et au changement comportemental. C’est pourquoi nous demandons aux pays du G8 des investissements accrus dans la recherche et le développement de microbicides ainsi que dans leur promotion. Un tel engagement pourrait être réalisé par le biais de programmes nationaux de recherche, de centres locaux de recherche, d’organismes non gouvernementaux et de partenariats public-privé comme le Partenariat international pour des microbicides (IPM); il devrait comprendre des fonds pour la recherche scientifique, le développement de produits, les essais cliniques, la préparation réglementaire, le plaidoyer et la recherche sur les politiques, et les dispositions liées à l’accès (y compris de possibles mécanismes d’achat à l’avance).
Le domaine des microbicides recèle deux importants défis : la taille de la filière de nouveaux candidats et la capacité requise en termes d’essais cliniques. Pour maintenir l’élan du développement et de l’amélioration des produits microbicides, un flux constant de nouveaux candidats sera crucial. La seule approche viable pour assurer ce flux, à court et à long terme, est l’implication de sociétés pharmaceutiques qui disposent déjà de dizaines de composés thérapeutiques qui, s’ils étaient mis à notre disposition, pourraient faire l’objet d’un développement clinique. Quant au deuxième défi, l’arrivée de nouveaux microbicides à l’étape des essais d’innocuité rendra nécessaire la création de nouveaux sites d’essais cliniques dotés de ressources humaines et techniques, en vue d’éventuelles études à grande échelle sur l’efficacité.
L’IPM, la Campagne mondiale pour les microbicides et l’Alliance for Microbicide Development exhortent les membres du G8 à :
• Rehausser considérablement le financement de la recherche et du développement de microbicides, avec un accent sur le développement, par l’appui financier aux établissements nationaux de recherche et à des partenariats public-privé comme l’IPM.
• Inciter les sociétés pharmaceutiques privées à investir dans la recherche de microbicides et à enrichir la filière de produits candidats, à l’instar de compagnies de vision comme Tibotec Pharmaceuticals Ltd. (une filiale de Johnson & Johnson) et GlaxoSmithKline, qui ont accepté de collaborer avec l’IPM et de contribuer au développement d’antirétroviraux prometteurs sous la forme de microbicides.
• Promouvoir le leadership international par l’appui public aux microbicides comme élément d’une réponse complète au VIH/sida, ainsi qu’au renforcement de la capacité d’essais cliniques à grande échelle pour des microbicides prometteurs, dans les pays en développement. Cela devrait inclure une assistance au renforcement des systèmes de réglementation, dans les pays en développement, et un soutien aux activités de plaidoyer et de recherche sur les politiques, sous-jacentes à ces efforts.
• Assurer l’accès universel des femmes à un éventuel microbicide, dans les pays en développement, en s’engageant d’avance à faire l’achat d’éventuels microbicides, et en établissant d’ici 12 mois un mécanisme à cet effet.
Exemples d’énoncés pour un communiqué du G8 : Voici des exemples d’énoncés de politiques sur les microbicides que le G8 pourrait inclure dans un communiqué de presse :
« Nous sommes engagés à faire des investissements considérables, au cours des cinq prochaines années, dans le développement de microbicides – une nouvelle technologie de prévention pour lutter contre la féminisation croissante de l’épidémie mondiale du VIH/sida. Les microbicides sont notre meilleur espoir, et le plus immédiat, pour fournir aux femmes et aux filles une méthode de prévention du VIH qu’elles contrôleront. Les microbicides ont le potentiel de sauver des millions de vies. »
« Nous promettons aussi de soutenir des investissements accrus dans la recherche et le développement de microbicides, par le biais de programmes nationaux de recherche et de partenariats public-privé. Nous appuierons les efforts internationaux pour élargir les infrastructures d’essais cliniques dans les pays en développement et pour établir un mécanisme d’engagement d’achat à l’avance, afin d’assurer un accès universel à d’éventuels microbicides. »
L’Alliance for Microbicide Development est une coalition mondiale, multisectorielle et multidisciplinaire qui vise à favoriser le développement de microbicides pour prévenir le VIH/sida, par le plaidoyer, la communication, la concertation et la réponse aux problèmes pratiques et de politiques. http://www.microbicide.org
La Campagne mondiale pour les microbicides est un mouvement international d’activistes, de citoyens et d’organismes à but non lucratif voués à l’accélération de l’accès à de nouvelles options de prévention du VIH, en particulier pour les femmes. http://www.global-campaign.org
Le Partenariat international pour des microbicides a été créé afin d’accélérer le développement et l’accessibilité de microbicides pour prévenir la transmission du VIH. Il a pour but d’améliorer l’efficacité de tous les efforts pour fournir un microbicide sûr et efficace le plus tôt possible. http://www.ipm-microbicides.org |